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Odile Buisson – copie d’écran de la vidéo « le clitoris, cet inconnu »
Lundi dernier, France Inter m’a invitée à participer à un débat sur les maltraitances médicales « La violence médicale est-elle une exception et comment faire évoluer les pratiques de certains soignants ? » avec le médecin généraliste Dominique Dupagne et le président du CNGOF Israël Nisand.
Le matin même de l’émission, le Pr Nisand a décliné l’invitation en arguant qu’il refusait de débattre avec moi. J’étais déçue parce que j’envisageais de lui demander où en étaient ses coups de fil auprès des 552 établissements de soin où avaient eu lieu des expressions abdominales (voir mon billet précédent). Je voulais aussi lui remettre les 82 témoignages supplémentaires récoltés en quelques heures par Béatrice Kammerer suite à ses déclarations, afin que son action téléphonique soit la plus efficace possible pour mettre fin à ces pratiques dangereuses. J’éprouvais néanmoins une certaine jubilation à l’idée que je lui faisais si peur, au point qu’il préférait la lâcheté à la discussion.
France Inter m’a ensuite informée qu’Israël Nisand serait remplacé par Odile Buisson. Je me réjouissais de rencontrer cette obstétricienne que j’ai admirée pour avoir découvert l’anatomie exacte du clitoris.
Je suis arrivée à l’avance dans les bâtiments de France Inter avec l’espoir de parler, avec cette spécialiste, de la fonction que le clitoris pourrait jouer dans l’accouchement. En effet, lorsqu’il est stimulé, le clitoris entraîne une modification des organes sexuels féminins, dont l’assouplissement et la lubrification du vagin, ce qui facilite l’introduction du pénis et le plaisir lié à l’acte sexuel, et donc, pourquoi pas le passage du bébé. A l’inverse, les femmes ayant subi une excision sont non seulement privées de plaisir sexuel, mais sont également exposées à plus de risques de complications pendant l’accouchement (cf OMS). J’émets dès lors l’hypothèse que le clitoris joue également un rôle important dans l’accouchement et j’aurais sincèrement voulu la lui soumettre. Je connaissais l’hostilité d’Odile Buisson à l’accouchement naturel et son mépris pour les sages-femmes, mais comme il s’agit d’un point de vue largement partagé par les gynécologues obstétriciens, je pensais qu’il ne ferait pas obstacle à un échange intéressant sur le clitoris.
J’ai eu tort. Après les salutations d’usage, elle m’a lancé un « alors vous, vous êtes pour l’accouchement naturel ? ». J’ai répondu que j’étais féministe, que j’étais pour la liberté des femmes de choisir leurs conditions d’accouchement et pour le respect de celles-ci pendant la naissance de leur enfant. Elle m’a répondu sèchement « et moi, je suis pour l’irrespect des femmes pendant l’accouchement ! », avant de se lancer dans un monologue agressif consistant à marteler des idées décousues, sans la moindre envie de dialogue, alors que nous n’étions même pas encore arrivées au studio. J’ai aussitôt rangé mes questions sur le clitoris. Il m’est rarement arrivé d’être déçue en rencontrant en vrai une personne que j’admirais. C’était pourtant le cas lundi.
Les propos problématiques d’Odile Buisson
Alors que Dominique Dupagne et moi-même tentions d’apporter des éléments de réflexion au débat, Odile Buisson a incarné à la perfection la violence médicale en tenant des propos problématiques tant sur le fond que sur la forme, dont voici quelques extraits.
Mme Buisson commence fort en considérant que les critiques envers les médecins relèvent « de l’antisémitisme envers les juifs », phrase dont je vous laisse apprécier la portée. Elle dira également que les étudiants en médecine « entrent au goulag », en ignorant manifestement que les personnes envoyées au goulag sous l’ère soviétique ne le faisaient pas de façon volontaire.
Pour principale réponse aux maltraitances subies par les patientes, Odile Buisson va à plusieurs reprises évoquer la violence envers les internes dans les hôpitaux, y compris les suicides de futurs médecins qui sont une réalité révoltante. A aucun moment, elle n’a pourtant mentionné le fait que les auteurs de ces violences sont généralement des médecins. Selon elle, une solution pour diminuer les violences contre les internes seraient de les exempter de tâches administratives. Elle ne supporte pas que ces internes soient « réduits à faire du boulot d’infirmière… euh, de secrétaire », démontrant par là un beau mépris de classe.
Elle va d’ailleurs être dans le déni des violences, notamment en les réduisant à « un manque de tact », ou en considérant que « la violence est partout dans la société ». Concernant les nombreuses femmes qui lisent mon blog et y témoignent de violences, elle rétorque que si j’avais ouvert un blog qui dénonçait le montant des impôts, j’aurais aussi eu du succès. Face à l’absurdité de ses propos, je ne résiste pas à l’envie de vous citer le tweet de Marine Atréides.
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Dans ses attaques tous azimuts, elle s’en prend à Martin Winckler, lui reprochant « de ne poser que des stérilets dans les plannings familiaux et de s’être planqué au Canada », en dévoilant avec insistance son vrai nom à l’antenne, ce qui est un procédé odieux. Elle lui reproche en outre de ne plus pratiquer des accouchements, sans même s’apercevoir de l’incongruité de ses propos puisqu’elle a elle-même précisé dès le début de l’émission se limiter à faire des échographies. Martin Winckler va d’ailleurs se fendre d’un excellent billet en réponse à ses attaques : Confessions d’un planqué – par Martin Winckler, pseudonyme de l’innommable Docteur Marc Zaffran.
Concernant l’épisiotomie, Odile Buisson ignore les recommandations du CNGOF de 2005 en continuant à répandre l’idée que cette mutilation sexuelle préviendrait les déchirures. Face à ma remise au point, elle s’est recroquevillée en expliquant que les femmes qui avaient une déchirure lui reprochaient de ne pas avoir eu d’épisiotomie, et a affirmé que « quand on fait une épisiotomie, on nous critique ; quand on n’en fait pas, on nous critique aussi ; quoi qu’on fasse, on nous critique ». Elle ne s’intéresse donc ni à la justification scientifique qui sous-tend tout acte médical, ni au consentement des patients, encore moins aux méthodes permettant d’augmenter le nombre de périnées intacts lors des accouchements. Alors que Dominique Dupagne et moi-même expliquions qu’une épisiotomie est une mutilation sexuelle, elle s’est insurgée en rétorquant qu’ « une mutilation sexuelle ne concerne que le clitoris ». Son ignorance semble sans limite sur la réalité anatomique du sexe féminin qui est composé, en plus du clitoris, de grandes lèvres, de petites lèvres, de l’urètre et d’un vagin.
L’aspect le plus étrange de son intervention est probablement son insistance à avouer qu’elle a été maltraitante. Lorsque la journaliste Dorothée Barba lui demande si elle a été maltraitante quand elle était jeune puis a en pris conscience avec l’expérience, Odile Buisson répond qu’elle a été maltraitante « bien plus longtemps ». Elle expliquait en début d’émission qu’« il y a trois forces souterraines qui détestent les médecins : le néo-libéralisme, le courant écologiste et le courant ultra-religieux ». A ce moment, j’avais pourtant le sentiment qu’elle transformait le studio de France Inter en un confessionnal.
Enfin, concernant la forme, Odile Buisson s’est montrée agressive, notamment en me coupant la parole à plusieurs reprises. Elle n’a pas eu cette attitude envers Dominique Dupagne qui, pourtant, partage bon nombre de mes idées et a aussi contesté certains de ses propos. La sage-femme 10 Lunes pointe, quant à elle, son obstination à m’appeler par mon prénom, alors qu’elle n’a jamais abrégé l’identité du docteur (voir son billet Le diable se cache dans les détails qui renvoie aussi vers plusieurs analyses de l’ouvrage d’Odile Buisson). Cette attitude résume à elle seule sa posture empreinte de condescendance envers les non-médecins et sa volonté de faire taire par tous les moyens une personne extérieure à la profession dénonçant des pratiques médicales violentes.
Son comportement et ses propos durant tout le débat sont une illustration parfaite des violences infligées aux femmes par des gynécologues.
Un pas de plus vers le changement des pratiques
Le débat sur France Inter a néanmoins été très positif. Le fait que les violences obstétricales soient évoquées sur une radio de grande audience est une avancée considérable pour placer cette question en sujet de société.
En outre, les interventions posées et pertinentes du Dr Dominique Dupagne et du Dr Amina Yamgnane qui est intervenue par téléphone, montrent qu’une prise de conscience s’est déjà opérée auprès d’un certain nombre de professionnels. Le changement est initié.
Pour réécouter le débat:
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« La violence médicale est-elle une exception et comment faire évoluer les pratiques de certains soignants ? »